Vivre cette période si particulière en famille gardera le
goût du bonheur mêlé à celui de l’inquiétude des lendemains qui déchantent.
Alors que notre pays s’éveille et tente d’apprivoiser cet après, j’ai eu envie
de faire une espèce de synthèse de ce que ce confinement a été pour notre
famille et de ce qu’il a peut-être été pour nombre d’entre elles.
Quoi de mieux
que de l’avoir vécu ensemble, quoi de plus important pour des parents d’avoir
pu garder un œil sur leur progéniture en ces temps troubles ? Il n’aurait
pas fallu que cela se passe autrement et je pense que beaucoup de familles
sortiront grandies de cette étape.
Pour autant, au-delà du scenario idyllique de la vie en
famille véhiculée en grande partie par les réseaux sociaux, être confinés en
famille n’a pas été une simple partie de plaisir. Nous n’avons pas été mieux ni
moins bien que les autres et je pense que personne ne peut dire que cette vie
confinée n’a été que joie et bonheur.
Mais tout le monde pourra dire qu’il a appris plus en sur
lui-même et sur les siens lors de ces 55 jours.
Tout s’est accéléré à
partir du 11 mars ; le 12, le pays
se préparait à vivre sous la menace d’un nouvel ennemi appelé Covid-19. Cet
ennemi était présent dans nos esprits depuis quelques mois comme un virus
exotique réservé aux mangeurs de Pangolin… Et puis petit à petit il a fallu se
faire à l’évidence que l’Italie c’était déjà un peu la France et que nous
allions désormais devoir affronter ce rival invisible.
Tandis que le pays se mettait tant bien que mal en ordre de
marche, chaque individu se retrouvait face à son destin. Ce n’était pas une
guerre, pas une révolte mais une situation inédite dont nous ne mesurions pas
vraiment la portée, ni les conséquences.
Nous étions comme tout le monde hagards, perplexes aussi,
mais nous avons dû faire un choix en quelques heures. Le matin du 16, je
m’installais pour ce premier jour de télétravail, les écoles, les crèches et
les collèges venaient de fermer leurs portes et on pressentait qu’on devrait
faire face à des événements qui marqueraient notre histoire contemporaine et
familiale. Le midi, nous avons décidé qu’il faudrait partir, s’installer là où
nous serions en sécurité quelle que soit l’issue prochaine. Paris nous a semblé
hostile, notre appartement est devenu une prison de confinement avec ses murs
étroits et ses fenêtres mitoyennes…
Le soir, nous roulions vers l’Auvergne retrouver notre maison refuge, écrin de ces jours dont nous ne savions pas combien de temps ils seraient…
Le soir, nous roulions vers l’Auvergne retrouver notre maison refuge, écrin de ces jours dont nous ne savions pas combien de temps ils seraient…
Je reste aujourd’hui persuadée que nous avons fait le
meilleur choix en venant ici, c’était la solution la plus adaptée pour ne pas
se sentir encore plus enfermés. Les enfants ont profité du grand air, de la
douceur du jardin, d’une maison qui leur a offert ces m2 qui font cruellement
défaut à notre appartement parisien. C’était presque une question de survie
dans notre cas.
La vie à la campagne n’a pas la même saveur que celle de la
ville en ces temps troubles et comme en temps de guerre, elle est naturellement
devenue l’Eldorado d’un monde meilleur. A juste titre, je pense car dans notre
cas, même si tout n’a pas été toujours rose, nous avons vécu ici des moments
exceptionnels.
Le confinement officiel a duré du 17 mars au 10 mai 2020
soit 55 jours.
Pendant presque 3 mois, l’Europe a été paralysée, figée dans
un temps et le reste du monde s’est peu à peu plongé dans un repos inédit
passant par la stupeur, l’abattement, la colère, la peur, l’incompréhension, le
doute, la résilience, l’habitude…
Je peux dire aujourd’hui qu’à l’image du monde, nous
n’étions pas du tout préparés à ce qui nous est arrivé.
Qui aurait pu penser que notre routine quotidienne souvent
chèrement établie puisse voler en éclats en quelques heures ?
Ce que le confinement nous a appris en tant que
famille ?
Il nous a appris à faire l’école à la maison. Ce ne fut pas
facile. Il y a eu beaucoup de loupés de tous les côtés, une longue mise en
place du côté du collège tandis que la routine s’est vite installée côté
Primaire. Beaucoup d’ajustements et de mises au point avec les professeurs du
collège dont l’enseignement n’était pas homogène mais petit à petit nous avons
appris à recréer à la maison un espace de classe. Et je dois avouer que les
enfants nous ont grandement facilité la tâche en étant souvent autonomes,
particulièrement sérieux et assidus. Même si nous avons dû occuper ce poste, je
crois que notre rôle s’est limité à être les garants de la continuité
pédagogique et être le relais avec les enseignants. Pour notre famille, l’école
à la maison a très bien fonctionné (si je
retire nos problèmes de connexion les premiers jours) à l’image du reste de
l’année où nos enfants sont de bons élèves.
A l’heure actuelle, il n’est a priori pas prévu que les enfants
reprennent le chemin de l’école et nous continuons sur le même rythme. Les
enfants se sont habitués à cette routine même si je pense que c’est un peu plus
dur pour notre fille qui vivait sa dernière année à l’école Primaire. Elle aura
été amputée d’une partie de son enfance avec cette année raccourcie et j’aurais
aimé qu’elle puisse y retourner quelques jours pour revoir ses amis.
Il nous a appris à travailler à la maison. Pour être tout à
fait honnête, je pense que beaucoup d’employés étaient finalement bien plus
prêts que nombre d’entreprises. La culture française du présentéisme a été mise
à mal mais pourtant, les entreprises pourront être satisfaites car nous avons
tous su garder le cap tout en gérant le quotidien. C’est d’ailleurs ce qui m’a
le plus gênée dans cette période, le fait de ne pas avoir de séparation entre vie
perso et vie pro car c’est un point très important pour moi. Malgré quelques
couacs, j’ai cependant réussi (et je continue) à mener à bien mes
missions. Au début, j’ai cependant fait un arrêt de travail car j’avais peur de
ne pas arriver à m’organiser mais j’ai finalement compris qu’il était
préférable de reprendre. Je reste stricte sur mes horaires (je suis d’ailleurs
en partie au chômage partiel) tout en étant parfois plus efficace. Ce schéma du travail va à mon avis
profondément renouveler le marché du travail dans les prochaines années.
Certaines entreprises ont d’ores et déjà annoncé prolonger le télétravail au
moins jusqu’en septembre.
Il nous a appris à nous renouveler. Je ne peux pas me
targuer d’être la reine des DIY et des gâteaux mais j’ai quand même réussi à
proposer quelques activités nouvelles aux enfants.
J’ai testé la pâte à modeler
maison et les glaçons sensoriels pour la mini tandis qu’avec les grands nous
avons tenté de nouvelles recettes. Mais surtout, les enfants ont largement
appris de l’école de la vie. Des choses simples comme celle de voir la nature
s’éveiller passant de l’hiver à la douceur du Printemps. . Les bourgeons ont
éclos en de magnifiques fleurs de Cerisier, de Pommier, de Lilas, de Forthysia
pour laisser la place à des feuilles solides verdoyantes et à de futurs fruits
qui donneront au début de l’été. Les champs se sont couverts du jaune des
pissenlits et des tâches colorées laissées par les fleurs des champs. Nous
avons eu la chance de bénéficier la plupart du temps de soleil mais l’hiver
nous a fait un dernier rappel lors d’une froide journée qui a laissé son blanc
manteau pour nous émerveiller un peu plus. Les animaux n’étaient pas en reste,
nous offrant chaque jour un superbe ballet entre les chevaux à qui nous rendions
visite tous les jours, les bébés oiseaux qui ont éclos ou des rencontres
étranges comme Mr Crapaud ou Mr écureuil. Il y a eu également les cailloux
qu’on jette dans la rivière, les après-midi où on a jardiné en famille, ceux où grâce au beau temps nous pouvions nous prelasser dans un hamac.Le
confinement a souvent eu des allures bucoliques dans notre cas et je crois que
paradoxalement la citadine que je suis n’a jamais été aussi en communion avec
la nature.
Et avec leur papa, les enfants ont pu découvrir le bonheur
du travail manuel, la noblesse des gestes ancestraux qui permettent de créer
quelque chose. Notre grand a ainsi aidé son papa à préparer du ciment. A deux,
ils ont construit notre four à pain qui était un cadeau de mariage que nous
n’avions jamais eu le temps de fabriquer. Désormais, nous allons pouvoir faire
notre pain, nos pizzas et autre nans sans compter que cela magnifie notre
jardin. Ils ont aussi eu le bonheur de créer un potager : bêcher,
ratisser, planter, arroser… Ce n’était pas une mince affaire mais plus qu’une
leçon de Physiques, ils en garderont un souvenir impérissable (et un
savoir-faire).
Nous avons tous joui du plaisir d’avoir une maison et un
jardin et évidemment là-dessus, nous ne sommes pas différents de tous ces
citadins qui aujourd’hui rêvent de leur coin de verdure. Mon mari était déjà
convaincu de cette vie à la campagne mais je dois dire que l’indécrottable
parisienne que je suis a été vraiment ébranlée.
Parce que je me suis rendue compte (mais ça je commençais à
le percevoir avant) que la vie parisienne avait des avantages mais aussi
beaucoup de défauts, défauts qui ces derniers temps prenaient parfois le dessus
rendant la vie en ville très difficile. Mais également, cela a remis en cause
mon mode de fonctionnement interne car je suis clairement une cérébrale et il
me manque beaucoup de compétences qui seront les seules qui serviront si un
jour notre monde devait basculer… Je n’ai pas encore eu le temps de mieux me
former mais je compte essayer de progresser au fil des ans et sans changer ma
nature profonde, j’aimerais explorer de nouveaux territoires intérieurs. La
seule chose que je sais peut être faire « d’utile » est de laisser un
témoignage de ces jours.
Quand on y pense, nous sommes une bonne partie de la
population (et j’en fais partie) à ne pas servir à grand-chose… J’ai particulièrement
été interloquée par ce point puisque pendant deux mois certains ont mis leur
vie et leur famille en péril montrant leur « utilité » tandis que
l’autre partie de la population était bien
sagement à la maison à attendre que ça passe… C’est un peu raccourci
comme analyse mais tout de même cela en dit long sur notre société.
Nous avons aussi dû apprendre à vivre dans une cellule
familiale réduite au minimum et cela n’a pas été toujours facile… Mon mari et
moi avons eu parfois des moments de grande tension. A l’inverse, nous avons
aussi renforcé le lien qui fait que à nous 5, nous nous suffisons… Pour autant,
il a aussi fallu se priver des
grands-parents avec des sentiments mêlés comme le manque, le sentiment de ne
plus avoir de fondation, la peur les 15
premiers jours qu’ils ne soient malades, une certaine rancœur de se dire qu’ils
sont un peu responsables de l’état actuel de notre monde, eux la génération
dorée des Babyboomers… Nos RDV ont tour à tour pris des allures de
confessionnal, de cour de justice ou de bureau des réclamations. Nous ne savons
pas d’ailleurs quand nous les reverrons pour le moment.
On aura également eu la chance exceptionnelle de voir nos
enfants se développer dans un cadre qui n’est pas forcément le leur. Ils nous
ont montré leur force, leur résistance, leur créativité, leur sens de la vie et
nous pouvons être fiers d’eux. Pour notre petite dernière, 2 mois représentent
un temps important dans son développement. Elle aura appris plus de mots en 2
mois avec nous qu’en 6 à la crèche, c’est devenu une véritable petite fille qui
occupe une place centrale dans la famille.
Elle a été conquise par sa vie à la maison de la montagne et aura tout
aimé dans cette période. Notre grand garçon aura pu développer son talent
d’artiste et ses projets musicaux. Loin des écrans (car nous avons eu cette
chance d’être confinés loin de FortNite et de Netflix), il a su trouver le
chemin vers la musique. Je garderai toujours en tête les vocalises de nos trois
enfants sur Help ou She loves you des Beatles ! La grande a lu, écrit et a
développé son sens de l’empathie… Elle est d’un naturel plus posée, plus
intérieure mais elle a pu s’appuyer sur le soutien de son grand-frère. Elle a
appréhendé ses peurs comme celle de faire du vélo ou de nourrir les chevaux et
ça c’est un merveilleux cadeau que lui a fait le confinement.
Mais il y a eu aussi le confinement dans le confinement. Ces
jours où l’on a envie d’être seul, ceux où l’on est pris de panique ou au
contraire d’une euphorie qui nous fait croire que cette vie est bien plus douce
finalement. Ces jours où l’on doute de ses choix, où l’on a peur de son avenir
et où l’on se remet à penser au bon vieux temps…
On aura quand même appris beaucoup les uns des autres alors
même qu’on pensait parfois se connaître par cœur.
Comme pour les vacances, les premiers jours nous ont semblé
passer très lentement alors que les deux dernières semaines ont filé. On
finissait par s’habituer à ce train-train et le déconfinement va nous sembler
un peu comme une douche froide. On a réussi à tenir 55 jours, une goutte d’eau
dans l’histoire de l’Humanité mais une éternité pour notre monde moderne qui ne
supporte pas le ralentissement. Et il a fallu apprendre à vivre sur un territoire restreint munis pour chaque sortie de la précieuse autorisation. Quand on y pense, il y avait bien longtemps qu'on ne nous avait imposé de telles restrictions de mouvement.
Nous en tirerons certainement les conséquences dans le
futur, nous devrons certainement prendre des décisions qui modifieront notre
mode de vie, aller vers une tendance plus Slow life, respectueuse de la nature.
« Qui peut le
plus, peut le moins » dit le dicton populaire. Ce devra être notre Mantra
dans les prochaines années car nous avons appris à vivre moins vite, à un coût
réduit et avec moins de choses.
Mais nous ne savons pas de quoi demain sera fait pour le
moment alors dans quelques semaines, nous devrons surement quitter notre havre
de paix, sortir de cette torpeur pour essayer de prendre des décisions sur le
long terme… Et moi qui avait décidé de ne plus me projeter !
Je ne sais pas non plus quelles séquelles garderont les enfants de cette période où leur vie de tous les jours a été chamboulée. ils ont souvent une faculté d'adaptation plus importante que nous et une analyse toujours juste.
Bon courage à tous pour les prochains jours.
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